De l’UFR STAPS aux Jeux Olympiques, portrait de l’enseignante et juge Rachel Heurtebize

Enseignante de pratique sportive spécialisée en gymnastique à l’UFR STAPS, Rachel Heurtebize jongle entre son métier, sa vie personnelle et sa carrière de juge internationale. Portrait de l’enseignante au parcours passionnant.

Aujourd’hui enseignante, Rachel Heurtebize a d’abord eu une carrière sportive en tant que gymnaste. De ses 5 à 18 ans, les entraînements rythmaient sa vie en parallèle de l’école : « Je m’entraînais entre 20 et 30 heures par semaine ». Dès l’âge de 13 ans, elle commence à juger et à entraîner bénévolement au sein de son club : « J’étais dans le multiposte on va dire, entre gymnaste, juge et entraîneur ».

Après une licence STAPS, le concours du CAPEPS ainsi que le brevet d’état de gymnastique obtenus à la fin de ses études à Caen, l’ancienne gymnaste devient professeur d’EPS en lycée à Paris. C’est seulement 2 ans et demi plus tard, en 2003, qu’elle revient dans son université, cette fois-ci pour enseigner. En parallèle, sa carrière de juge nationale débutée à ses 18 ans progresse, elle devient responsable des compétitions du nord de la France.

De juge nationale à juge internationale

Alors investie au niveau national, la fédération internationale de gymnastique sollicite Rachel Heurtebize en 2009 pour devenir juge internationale. Ce statut ne relevant pas d’une mission professionnelle mais de bénévolat, est accessible par un examen nécessitant un résultat supérieur à 92% de réussite : « c’est un examen très stressant, on ne te demande non pas de réussir mais d’exceller, ce n’est pas facile et c’est stressant car c’est ce qui peut te permettre de garder ton rang et de juger un certain type de compétition » détaille-t-elle. En fonction de ses résultats, mais également des compétitions précédemment jugées, le juge international est classé de la catégorie 1, la plus sélective, à la catégorie 4. Réévalué à chaque Jeux Olympiques, il peut alors évoluer dans le classement et accéder à des compétitions plus importantes s’il passe à la catégorie supérieure.

Pour Rachel, juge internationale de catégorie 2, le prochain objectif semble alors d’atteindre la plus haute catégorie dont l’examen « l’intercontinental » est seulement accessible aux 2 meilleurs juges internationaux de chaque nation : « J’aimerais continuer à évoluer, maintenant, quelle échéance ? Court ou moyen, long terme on ne sait jamais trop puisque nous ne décidons pas des compétitions auxquelles on va participer. Si je pouvais juger au moins une fois un championnat du monde je serais aux anges ! ».

L’enseignante, prochainement juge des Jeux Méditerranéens qui se dérouleront du 21 août au 3 septembre 2026 en Italie, a déjà un grand palmarès à son compte avec une à quatre compétitions internationales par an :

  • Championnat d’Europe de gymnastique,
  • Étapes du Championnat du Monde au Japon, aux États-Unis ou encore en Angleterre,
  • Qualifications aux Jeux Olympiques de la jeunesse,
  • Jeux africains,
  • Jeux asiatiques…

Juge international : des missions à hautes responsabilités

Au-delà des compétitions internationales, des missions diverses et variées rythment l’année de Rachel :

  • Représentation des équipes de son pays,
  • Jugement des Championnats de France Élite et des tests de sélection pour les compétitions internationales ainsi que dans d’autres pays en tant qu’expert,
  • Réalisation de stage d’entraîneurs,
  • Examen et formation des juges de niveaux inférieurs…

Des missions importantes qui impliquent de nombreuses responsabilités et une certaine pression. Rachel Heurtebize témoigne du stress ressenti lors des compétitions internationales : « On a beaucoup de responsabilités, on sait très bien que la note qu’on va mettre peut influencer le classement, le podium ». À cela s’ajoute une pression supplémentaire : « Au niveau international, tu es également évalué en tant que juge, il y a des logiciels qui permettent de savoir si tu es capable de garantir la neutralité, si tu ne mets pas des trop bonnes notes à ton équipe et inversement pour l’équipe adversaire. Cependant on reste tout de même sur du jugement humain. On n’est pas non plus sur un sport exact et il y a une quantité d’informations à prendre très rapidement, donc moi je pourrais estimer que la gymnaste a fait une petite faute et un autre juge pourrait penser que c’est une moyenne faute » détaille-t-elle.

Pour justifier leurs notes et s’assurer de rester impartial, les juges possèdent un langage très spécifique : « Quand la gymnaste passe, j’ai une feuille blanche devant moi et j’écris en symboles les mouvements qu’elle fait et les fautes s’il y en a, et quand je parle avec les autres juges, je parle avec les prises de notes que j’ai faites. Je peux même faire les symboles sur ma main » explique Rachel.

Les JO : une compétition unique

Dernière étape importante en date de son parcours de juge internationale : les Jeux Olympiques 2024 à Paris. Une compétition d’envergure sportive, mais pas que.

« C’est la compétition la plus importante à laquelle j’ai participé. J’ai réalisé que les Jeux Olympiques étaient une compétition extrêmement politique, dans laquelle tous les présidents veulent voir leur nombre de médaille augmenter au tableau des médailles. C’est extrêmement médiatisé et le public, derrière son écran de télévision, voit parfois, en l’occurrence, mieux que ce que je pouvais voir sur mon propre ordinateur sur place. C’est une pression politique et médiatique qu’il y a beaucoup moins dans les autres compétitions » témoigne Rachel.

L’enseignante nous explique alors son poste de juge ligne sol parmi les trois types de jurys complémentaires :

  • Le jury D détermine la note de départ selon l’enchaînement proposé par la gymnaste,
  • Le jury E juge la qualité d’exécution,
  • Le jury assistant s’assure du respect des réglementations (juges chronomètre, ligne sol…).

Un poste non sans importance et sans pression puisque le juge ligne sol doit attester que la gymnaste est bien à l’intérieur de la zone réglementaire, et ce derrière un écran : « Parfois ça se joue à un millimètre, on n’a pas d’arrêt sur l’image, on ne peut pas revoir. Selon l’angle de la caméra, la vision peut également être différente, donc ce n’était pas très facile. C’était un travail assez stressant avec un enjeu tout de même important » témoigne Rachel.

Malgré la pression, elle retient ce moment unique vécu auprès des plus grandes gymnastes de leur époque, voire de l’histoire : « C’était de très beaux JO, bien organisés, avec un niveau compétitif exceptionnel. J’ai évalué Simone Biles, je l’ai vue faire le yurchenko double carpé au saut de cheval, la seule féminine au monde à faire cet élément. On connaît Nadia Comăneci, je pense qu’on connaîtra Simone Biles également dans le temps. J’ai également vu d’autres grandes gymnastes, notamment Rebecca Andrade. Une image qui pour moi reste importante, c’est quand cette dernière a gagné la finale sol et qu’elle a été entourée par deux américaines, Biles et Jordan Chiles. La brésilienne est debout sur la première marche et les deux américaines sont inclinées devant elle car c’est une reine, elle a une gymnastique très féminine et élégante, elles l’ont saluée en tant que reine de la gymnastique et ça reste une belle image » déclare-t-elle.

De cette expérience, Rachel retient également l’intégration et l’importance de chaque membre d’équipe des JO, bénévoles ou professionnels. « Des choses bêtes, mais j’ai assisté aux réunions de juges, c’est-à-dire qu’avant la compétition, j’étais déjà dans les locaux avec la responsable internationale qui faisait un briefing à tout le jury, j’étais vraiment partie prenante de l’événement » explique-t-elle.

Le jury des épreuves de gymnastique des JO de Paris 2024.

Entre enseignement, famille et compétition : une vie chargée d’ambition

Entre son métier d’enseignante, sa vie de famille et son statut de juge internationale, Rachel assume un rythme de vie chargé mais passionnant.

« Je suis rarement un mois sans n’avoir rien à faire, ça impacte parfois mes soirées, parfois mes week-ends. Les mois prochains, je vais être prise presque tous les week-ends, parfois même des demi-semaines ».

S’il s’agit bien d’une mission de bénévolat, son statut de juge de haut niveau est reconnu sur liste ministérielle et l’université doit lui donner les moyens de vivre sa carrière de juge en même temps que celle d’enseignante. Un aménagement qui lui permet de vivre sa passion de manière équilibrée entre son travail et sa vie de famille. « C’est le moment où je vis pour moi. C’est mon loisir, le moment où j’enlève mes autres casquettes et où j’ai ma propre passion qui me permet d’équilibrer les 2 autres. Si on me retirait la gym, je pense qu’il me manquerait quelque chose. Et dans mon équilibre familial, ça n’a jamais pesé sur quoi que ce soit, ça fait partie de notre vie et de mon équilibre à moi, ça n’a jamais été un obstacle ».

Enseignante d’EPS, un choix professionnel évident

Le métier d’enseignante d’EPS a toujours été évident et lui permet de maintenir son équilibre vie professionnelle/vie personnelle. « Depuis que je suis au collège, c’est le métier que je voulais faire, autant j’aimais la gym dans ma vie quotidienne et mon loisir, autant je n’avais pas envie d’être entraîneur 24/24. J’aimais également le statut du professeur d’EPS, j’aimais le fait qu’il travaille dans un établissement avec d’autres enseignants qui avaient d’autres compétences. Je n’avais pas envie de m’enfermer que dans la gym au travail, par contre j’avais envie d’être dans le sport » explique Rachel.

Toutefois, sa spécialisation lui permet d’apporter une vision experte à ses cours de gymnastique, qu’ils soient théoriques ou pratiques : « J’ai une connaissance très importante de la culture gym actuelle comme de la culture gym passée. Je côtoie les meilleures gymnastes françaises et leurs entraîneurs, je suis au plus proche de ce qui se fait au niveau des méthodes d’entraînement en France. Également, juger m’a appris à aviser mon œil d’observatrice en tant qu’enseignante et à m’adapter lorsque j’observe une difficulté » détaille-t-elle.

Au-delà des compétences, l’enseignante communique sa passion à ses étudiantes et étudiants : « Je souhaite leur transmettre les émotions que l’on peut vivre en gymnastique. La première fois qu’on fait un salto arrière, on a cette sensation de peur qu’il faut réussir à surmonter et quand on la surmonte, on a ces petits papillons dans le ventre. Je veux qu’ils le vivent au moins une fois dans leur vie ». Des émotions qu’elle tient à transmettre dans un contexte sécurisé et rassurant : « Le fait de procéder par étapes permet de donner de la motivation et de garantir la sécurité tout en abordant les points techniques au fur et à mesure » développe l’enseignante.

Le mot de la fin

Pour terminer notre entretien avec Rachel Heurtebize, nous lui avons demandé quels sont ses conseils pour une personne souhaitant devenir juge de gymnastique.

« Ce n’est pas parce qu’on a un diplôme que ça garantit notre compétence à vie, il faut travailler régulièrement pour se mettre à jour, être consciencieux et rigoureux. On n’évalue pas une nation ou quelqu’un qu’on connaît mais on évalue le travail qui est fait quelle que soit la personne, donc il faut être le plus neutre possible, malgré ce côté affectif qui peut rentrer en compte » explique la juge.

Rachel Heurtebize conclut alors avec un mantra qu’elle aime répéter à ses étudiantes et étudiants : « La gymnastique, c’est fantastique ! »

L’UFR STAPS la remercie de son temps pour ce portrait et plus globalement pour son engagement en tant qu’enseignante.

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